
Le 31 janvier 2026 au soir, le Centre d’études et de recherches pédagogiques, dans le cadre de son programme mensuel de discussions sur l’éducation, a tenu un séminaire scientifique et intellectuel au Centre culturel de la municipalité du Ksar. Ce séminaire portait sur le thème : Éducation et intelligence artificielle en Mauritanie : garantir l’équité et la qualité tout en préservant le rôle de l’intervention humaine ».
Cet événement commémorait la Journée internationale de l’éducation, célébrée cette année dans un contexte de transformations rapides du monde dans le domaine des technologies numériques et de l’intelligence artificielle, et des nouveaux défis que ces transformations posent aux systèmes éducatifs, notamment dans les pays en développement.
Le séminaire a réuni un groupe d’acteurs du secteur de l’éducation, ainsi que des représentants des autorités locales et de la société civile. Il s’est ouvert par des allocutions officielles soulignant l’importance d’un débat serein et responsable sur l’intégration de l’intelligence artificielle dans l’éducation, en dépassant la logique du rejet absolu ou de l’acceptation inconditionnelle.
Dans son discours d’ouverture, le maire adjoint de Nouakchott, Najib, a affirmé que l’éducation demeure une pierre angulaire du développement durable et que les collectivités locales ont l’obligation de soutenir toutes les initiatives contribuant au développement des écoles mauritaniennes. Il a souligné que l’intelligence artificielle, correctement utilisée, peut représenter une véritable opportunité d’améliorer la qualité de l’éducation et de réduire les disparités entre les établissements scolaires, à condition d’être intégrée à une vision nationale globale préservant le rôle éducatif et humaniste de l’école.
De son côté, le vice-président de l’Association des parents d’élèves a exprimé l’intérêt croissant des familles mauritaniennes pour l’avenir de l’éducation, affirmant que la transformation numérique doit continuer à servir l’apprenant et ne pas devenir un nouveau fardeau ni une cause d’aggravation des inégalités sociales. Il a également insisté sur la nécessité d’associer les parents aux discussions concernant l’introduction de l’intelligence artificielle dans les écoles, compte tenu de son impact direct sur le développement moral et comportemental de leurs enfants. Le Dr Ba El Houssein Hamadi, vice-président du Centre d’études et de recherches en éducation, a axé son intervention sur le rôle de la recherche scientifique pour accompagner les transformations éducatives. Il a soutenu que l’intelligence éducative ne devait pas être importée sous forme de modèles préétablis, mais plutôt développée à partir d’études de terrain prenant en compte les réalités de l’éducation en Mauritanie, son potentiel et ses défis structurels. Il a également souligné le rôle central de l’enseignant en tant qu’acteur principal du processus éducatif.
La conférence inaugurale, donnée par l’économiste Mohamed Mahfoud Haddine, a constitué un thème central du symposium. Il a abordé le lien étroit entre éducation et intelligence artificielle dans l’économie de la connaissance, soulignant qu’investir dans l’intelligence éducative n’est plus un luxe, mais une nécessité stratégique pour améliorer la qualité du capital humain. Il a également passé en revue des modèles internationaux d’utilisation de l’intelligence artificielle dans l’éducation, en insistant sur l’importance d’adapter ces expériences au contexte spécifique de la Mauritanie.
Le conférencier a présenté les opportunités offertes par l’intelligence artificielle, telles que l’amélioration des méthodes d’apprentissage, le soutien à l’évaluation des apprentissages et l’aide apportée aux enseignants pour le suivi des progrès des élèves. À l’inverse, il a mis en lumière les risques et les défis, notamment la fracture numérique, les problèmes liés à la protection des données personnelles et le danger de marginaliser le rôle humain dans l’éducation en cas de dépendance excessive aux solutions technologiques.
Le séminaire a également abordé, grâce à la participation du public, la réalité de l’éducation en Mauritanie, soulignant l’urgence de réformes structurelles touchant les infrastructures, la formation des enseignants et la modernisation des programmes. Les participants ont affirmé que l’intégration de l’intelligence artificielle devait s’inscrire dans une réforme globale et non constituer une solution technologique isolée.
Concernant le rôle de l’école et la préservation de l’intervention humaine, les participants ont convenu que l’école n’est pas seulement un lieu de transmission des connaissances, mais une institution de socialisation et de formation des valeurs. Ils ont insisté sur le fait que, aussi avancée soit l’intelligence artificielle, elle ne saurait remplacer l’interaction humaine entre enseignant et élève ; elle doit au contraire l’enrichir et la compléter. À l’issue du symposium, les participants ont formulé plusieurs recommandations, notamment :
- Élaborer une politique nationale claire pour l’intégration de l’intelligence artificielle dans l’éducation ; renforcer les investissements dans la formation et le perfectionnement des enseignants afin de suivre le rythme de la transformation numérique ;
- garantir un accès équitable aux technologies éducatives dans toutes les régions ; établir des cadres éthiques et juridiques pour encadrer l’utilisation de l’intelligence artificielle dans le domaine de l’éducation.
- et soulignant la nécessité d’associer toutes les parties prenantes – établissements d’enseignement, chercheurs, parents et société civile – à la construction de l’avenir de l’éducation en Mauritanie.
